L’épigénétique transforme progressivement notre compréhension de la santé. Entre génétique, nutrition et environnement, elle ouvre la voie à une approche plus globale et concrète du soin. Sarah Dognin, Docteur en Pharmacie et experte en biologie fonctionnelle, partage une vision ancrée dans son vécu et son expérience de terrain, entre science, pratique et transmission.
Un parcours de santé marqué par une quête de solutions
Le parcours de Sarah Dognin débute par une expérience personnelle forte : une maladie précoce et une longue errance médicale. Elle explique : « j’ai eu des gros soucis de santé enfant », et « j’ai longuement erré médicalement ». Face à des réponses insuffisantes, elle se tourne vers des approches alternatives : « j’ai été sauvée par des médecines complémentaires parce que personne ne trouvait ce que j’avais ».
Cette expérience devient un moteur de vie : « la santé a toujours été mon objectif de vie ». Elle s’oriente vers la pharmacie, convaincue de l’importance de l’accessibilité aux soins : « c’était le seul endroit où vous poussez la porte et vous avez un professionnel de santé diplômé sans rendez-vous ».
Après 10 ans d’exercice en officine, elle poursuit sa quête personnelle : « durant toutes mes vacances, je partais en stage », explorant différentes disciplines (hypnose, énergétique, acupuncture, etc.). Puis survient un tournant majeur lors d’un séminaire en Suisse : « une révélation ! ». Elle découvre des bilans biologiques inconnus jusqu’alors et une approche centrée sur l’alimentation et la nutrition.
Ces outils lui permettent enfin de comprendre son propre fonctionnement : « j’ai enfin compris et identifié de nombreux biomarqueurs à rééquilibrer ». Elle adapte son alimentation et constate une amélioration significative : « ça m’a énormément changé la vie, depuis je vais beaucoup mieux ».
Elle décide alors d’en faire son métier, crée sa structure et commence ses accompagnements en collaboration avec les médecins. Par la suite, elle intègre, en parallèle, l’enseignement universitaire et découvre la nutrigénomique, avant d’identifier pleinement sa pratique comme de l’épigénétique : « mon expertise, c’est l’épigénétique en pratique ».
En parallèle de son activité, elle s’engage également dans les instances de santé avec la volonté de faire évoluer les pratiques. Elle siège depuis 2007 dans les organismes de sécurité sociale, notamment à la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) et au sein d’une Agence régionale de santé (ARS). Elle rejoint ensuite la Caisse d’Assurance Retraite et santé au Travail ; la CARSAT Rhône-Alpes, dont elle a présidé le Conseil d’administration pendant deux mandats, et siège aujourd’hui au Conseil d’administration de la CNAV (Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse).
L’épigénétique en santé : un changement de paradigme
Pour Sarah Dognin, l’épigénétique bouleverse profondément la vision classique de la médecine. Elle rappelle que la médecine s’est longtemps concentrée sur les gènes : « on cherche toujours le gène ». Mais cette approche montre parfois ses limites, ce qui a ouvert la voie à une autre compréhension.
Elle résume ce changement de perspective : « l’épigénétique vient changer complètement le paradigme ». Pour illustrer, elle utilise une métaphore : « le gène c’est notre logiciel, l’épigénétique c’est ce qu’on fait de ce logiciel ».
Au cœur de sa pratique, elle insiste sur l’importance des nutriments : « il est nécessaire que nous ayons toutes les matières premières dans notre organisme ». Sans cela, le corps doit s’adapter : « l’organisme fera nécessairement des choix ».
Elle élargit également la réflexion à d’autres facteurs : « l’épigénétique ce n’est pas uniquement la nutrition », ce sont aussi les toxines, l’activité physique, le sommeil, les émotions, etc. Cette approche globale répond selon elle à l’évolution des pathologies : « aujourd’hui on a des maladies de plus en plus complexes, multifactorielles et chroniques ».
« Notre système de santé repose sur le symptôme et le diagnostic d’une maladie avec le traitement médical pour les supprimer. Mais il existe une voie complémentaire : la réparation des tissus induisant les processus qui conduisent aux symptômes »
Elle observe une vraie marge de progrès dans la transversalité entre professionnels :
- « le médecin connaît bien les bilans biologiques, parfois la nutrition mais est moins aguerri à l’alimentation »
- « le diététicien connaît très bien l’alimentation mais est moins à l’aise avec les bilans biologiques »
Pour elle, la solution passe par une collaboration renforcée : « il y a un vrai levier de synergies potentielles ».
Enfin, elle insiste sur un message clé pour les patients : « il y a toujours quelque chose à faire », même en cas de prédisposition génétique. Elle précise : « vous pourriez très bien ne jamais développer la pathologie même en ayant le gène ».
ADNAcademy : une ouverture vers de nouvelles pratiques
Concernant ADNAcademy, Sarah Dognin évoque une transformation majeure des pratiques professionnelles. Elle résume en quelques mots : « l’ouverture, la nouveauté et une vraie complétude ».
Elle considère que l’épigénétique permet d’élargir la vision et les thérapeutiques des professionnels de santé : « c’est un champ immense » pour enrichir leur pratique au quotidien.
Pour elle, un point reste central : « l’épigénétique nécessite des biomarqueurs ». Les bilans biologiques sont un socle indispensable pour objectiver les déséquilibres et rendre les approches concrètes.
Elle souligne également la réalité du terrain : « les professionnels de santé sont au contact des patients en permanence », et ces derniers sont de plus en plus en demande d’explications et de solutions.
Dans ce contexte, la formation devient essentielle : «je suis pour la transmission ». Elle voit dans ce type d’initiative une réponse aux évolutions du système de santé et aux attentes des patients.
À retenir…
À travers ses mots et son expérience, Sarah Dognin propose une lecture évolutive de la santé, plus globale et plus concrète. L’épigénétique en pratique, qu’elle défend, permet de dépasser une vision strictement génétique pour intégrer l’environnement, l’alimentation et les bilans biologiques.
Comme elle le rappelle, « il y a toujours une solution ». Une conviction qui redonne une place active au patient et ouvre de nouvelles perspectives pour les professionnels de santé. Grâce à des initiatives comme ADNAcademy, cette approche trouve aujourd’hui un cadre pour se développer et se transmettre.
Interview de Sarah Dognin dit Cruissat – Docteur en pharmacie – Spécialiste de la biologie des performances et des émotions : https://www.calmeva.com/
Lien du dernier ouvrage : Vitale : Ma blessure, un chemin, notre avenir