Un parcours pionnier à la croisée de l’imagerie, du métabolisme et des neurosciences
Maître de Conférences des Universités – Praticien Hospitalier (MCU-PH) en biophysique, imagerie et neuroscience à l’Université Lyon 1 – Claude Bernard, Dominic Sappey-Marinier a construit sa carrière autour d’un fil conducteur : comprendre le fonctionnement du cerveau grâce aux technologies d’imagerie les plus avancées.
Lyonnais d’origine, il se spécialise très tôt dans l’imagerie biomédicale. Dès son DEA et sa thèse, il rejoint le laboratoire de résonance magnétique nucléaire (RMN) de Lyon1, à une époque où l’IRM clinique fait tout juste son apparition dans les hôpitaux français.
« J’étais un des premiers à m’intéresser aux applications médicales de l’IRM et en particulier à la spectroscopie par résonance magnétique, une technique innovante permettant d’aller au-delà de l’image anatomique pour accéder à une véritable lecture métabolique du vivant. »
« C’est une sorte de biopsie non invasive. On arrive à faire une analyse chimique à partir de n’importe quelle région du corps, et en particulier du cerveau. »
Ses premières recherches portent sur la sclérose en plaques, avec l’ambition de mieux comprendre le métabolisme cérébral associé à la maladie. Après sa thèse, il part trois ans à l’Université de Californie à San Francisco, dans l’un des plus grands laboratoires mondiaux spécialisés en IRM et spectroscopie.
Au cours de cette période, il applique ces technologies à différentes pathologies cérébrales telles que l’épilepsie, les tumeurs cérébrales, les AVC ischémiques ou encore le sida. Son travail contribue notamment à l’une des découvertes marquantes de sa carrière.
« J’ai été un des premiers à montrer que le cerveau pouvait produire du lactate lors d’une stimulation visuelle. »
Une observation qui a contribué à changer le regard scientifique sur cette molécule longtemps considérée uniquement comme un déchet métabolique.
« Depuis, on a prouvé que le lactate est aussi une source d’énergie pour le cerveau que les neurones peuvent utiliser. »
De retour à Lyon, il participe au développement d’un nouveau centre IRM au Centre Hospitalier de Lyon-Sud puis au CERMEP, la grande plateforme d’imagerie lyonnaise, dont il dirige le département IRM. Parallèlement, ses travaux évoluent progressivement des pathologies cérébrales vers les sciences cognitives, avec notamment l’étude de l’intelligence et des hauts potentiels intellectuels.
Cette quête de compréhension des différences individuelles l’amènera finalement vers l’épigénétique.
L’épigénétique : une révolution pour comprendre la santé
Pour Dominic Sappey-Marinier, l’épigénétique constitue l’un des changements de paradigme les plus importants de la médecine contemporaine.
Son intérêt pour cette discipline est né d’une question récurrente rencontrée dans ses travaux sur l’intelligence : quelle est la part de l’inné et de l’acquis ?
« Quand j’ai découvert l’épigénétique, j’ai enfin compris que l’inné et l’acquis ne sont que la même chose. Quand la génétique étudie les gènes et la composition de notre ADN, l’épigénétique étudie l’expression des gènes, cette expression étant dépendante de la transmission (inné) et de l’environnement (acquis). »
« On ne change pas notre ADN mais on peut changer son expression ! »
Cette approche permet de mieux comprendre comment nos modes de vie façonnent notre fonctionnement biologique.
« Notre corps est en interaction permanent avec son environnement. Nos cellules sont modifiées par notre mode de vie, par ce qu’on va manger, par ce qu’on va respirer, par ce qu’on va penser. »
Pour lui, l’épigénétique dépasse largement le cadre de la génétique classique. Elle invite à considérer l’être humain comme un système global (approche holistique ou systémique) dans lequel tous les systèmes cellulaires communiquent en permanence en interne et avec les informations environnementales.
L’intérêt de l’épigénétique est également clinique. Selon lui, les preuves scientifiques accumulées depuis le début des années 2000 montrent son implication dans de nombreuses pathologies.
« On sait aujourd’hui que l’épigénétique intervient dans le cancer, dans les maladies neurodégénératives et probablement dans la plupart des pathologies. »
Mais son potentiel va encore plus loin. Pour Dominic Sappey-Marinier, l’avenir ne réside pas seulement dans le traitement des maladies, mais plus encore dans leur prévention.
« Il est essentiel aujourd’hui, et surtout demain, de développer une approche médicale prenant en compte l’épigénétique. »
« La véritable prévention, c’est d’avoir une attitude qui permet de ne pas engendrer la maladie et l’épigénétique apporte alors un puissant levier de sensibilisation ».
« Notre attitude, notre comportement, la façon dont on vit s’inscrivent dans l’expression de nos gènes. »
Une idée qui ouvre la voie à une prévention plus personnalisée, basée sur les choix de vie de chacun.
Une mission d’information devenue nécessaire
Pour Dominic Sappey-Marinier, le principal défi aujourd’hui n’est plus seulement scientifique. Il est pédagogique.
Malgré l’explosion des recherches dans le domaine, l’épigénétique reste encore peu connue du grand public et insuffisamment intégrée dans les formations de santé.
Conscient de cet enjeu, il a lui-même créé un enseignement universitaire intitulé « Épigénétique : une nouvelle approche en médecine et en pharmacologie pour la prévention en santé et le développement personnel » destiné aux étudiants en médecine, pharmacie, odontologie et autres professions de santé.
Son objectif est clair :
« Former, informer et montrer l’importance de l’épigénétique dans notre vie et dans notre système de soins. »
Dans ce contexte, il voit les initiatives comme ADNAcademy comme particulièrement pertinentes.
« Votre mission est tout à fait essentielle parce qu’il y a un besoin d’information du grand public et de formation des médecins »
Selon lui, nous sommes à un moment charnière où les connaissances scientifiques sont suffisamment solides pour commencer un véritable travail de transmission.
« Je pense que c’est vraiment le moment de lancer ce type d’action. »
Au-delà de la compréhension des mécanismes biologiques, il estime essentiel d’aider chacun à mieux comprendre l’impact concret de son mode de vie sur sa santé.
« Il est très important de transmettre une information sur l’effet de notre mode de vie sur notre épigénétique. »
Alimentation et nutrition, activité physique, sommeil, gestion du stress : autant de leviers qui influencent directement notre expression génétique et permettent d’améliorer notre état de santé au quotidien, de prévenir les maladies et de rester en bonne santé au cours du vieillissement.
« On a aujourd’hui un gros travail d’information, de formation et d’aide à personnaliser notre mode de vie. »
Pour lui, l’épigénétique offre finalement une perspective particulièrement encourageante : celle d’un système de santé plus axé sur la prévention, sur la médecine personnalisée et davantage centrée sur la capacité de chacun à agir sur son propre avenir biologique.
Dr Dominic Sappey-Marinier est en cours d’écriture d’un livre et lance un projet de création d’un centre de bien-être et de développement personnel épigénétique… à suivre.