La rentrée est passée. Les jours raccourcissent, les vacances s’éloignent et le rythme quotidien reprend. Pour certaines personnes apparaît alors un sentiment diffus de spleen, d’isolement ou de solitude.
Mais la solitude est-elle seulement une émotion ? Ou peut-elle également laisser une empreinte biologique ?
Notre patrimoine génétique constitue un terrain. Il participe au fonctionnement de nos systèmes nerveux, hormonal et immunitaire et contribue aux différences individuelles dans notre manière de réagir à l’environnement. Toutefois, nos gènes ne déterminent pas à eux seuls notre comportement ni notre état de santé.
L'épigénétique, un lien entre environnement et expression des gènes
C’est ici qu’intervient l’épigénétique.
Cette discipline étudie la manière dont l’environnement et les expériences vécues peuvent être associés à des modifications de la régulation de l’expression des gènes, sans modifier la séquence de l’ADN. Parmi les mécanismes étudiés figure notamment la méthylation de l’ADN.
L’environnement qui influence ces mécanismes n’est pas uniquement alimentaire, physique ou climatique. Il est également social. Les interactions sociales font ainsi partie des facteurs environnementaux susceptibles d’interagir avec certains processus biologiques.
Solitude et expression des gènes : que montrent les recherches ?
Une étude pionnière menée par Cole et ses collaborateurs a comparé l’expression des gènes dans les leucocytes de personnes présentant des niveaux élevés ou faibles de solitude chronique. Les chercheurs ont identifié 209 gènes différentiellement exprimés, avec notamment des modifications concernant des voies impliquées dans l’inflammation et la réponse antivirale.
Ces résultats ont contribué à ouvrir de nouvelles pistes de recherche sur les liens entre solitude, environnement social et expression des gènes.
Solitude et âge épigénétique : des associations encore exploratoires
Des travaux plus récents explorent une autre hypothèse : celle de l’âge épigénétique.
Une étude publiée en 2024 auprès de 1 310 personnes a observé une association faible entre un niveau de solitude plus élevé et plusieurs marqueurs d’accélération de l’âge épigénétique. Les auteurs soulignent toutefois que ces résultats doivent être interprétés avec prudence. Ils mettent en évidence une association mais ne permettent pas d’affirmer que la solitude provoque directement ces modifications biologiques.
Ainsi, sur un terrain génétique donné, l’environnement social pourrait participer à la modulation de certains mécanismes biologiques.
À retenir
RÉFÉRENCES MÉDICALES
- Cole SW, Hawkley LC, Arevalo JM, Sung CY, Rose RM, Cacioppo JT. Social regulation of gene expression in human leukocytes. Genome Biology. 2007;8(9):R189. doi:10.1186/gb-2007-8-9-r189. PMID: 17854483.
- Freilich CD, Markon KE, Cole SW, Krueger RF. Loneliness, Epigenetic Age Acceleration, and Chronic Health Conditions. Psychology and Aging. 2024;39(4):337–349. doi:10.1037/pag0000822. PMID: 38635160.